Synthétiser ces ratios

Comme vous l’avez certainement compris, je focalise mon attention sur certains ratios plutôt que d’autres, selon les secteurs d’activité et les valeurs étudiées.

C’est bien beau de savoir calculer tous ces ratios, mais il faut ensuite savoir les exploiter et les interpréter dans leur totalité ce qui n’est pas la chose la plus aisée. Je prête plus d’attention à certaines données et ratios financiers, en fonction du secteur étudié. Le but reste toujours le même, détecter une valeur décotée ou celle que j’estime la moins chère du secteur. Vous avez sans doute remarqué que le rendement de dividendes ne constitue pas pour moi, un critère de sélection de valeurs, mais il représente la cerise sur le gâteau.

Ci-dessous, des fourchettes de ratios historiques des secteurs abordés dans cet ouvrage

J’ai élaboré ce tableau en me basant sur ma propre expérience du marché.

Il faut aussi savoir qu’une prime de valorisation est souvent accordée aux leaders du secteur. Ce que j’entends par leaders, ce sont les sociétés qui réalisent les plus gros CA ou les sociétés qui tirent le secteur par leur avance et leurs innovations technologiques. Cela signifie tout simplement que ce leader verra son titre mieux valorisé, c’est-à-dire plus cher.

Quant au vilain petit canard, qui a souvent déçu ou douché les investisseurs par le passé, il sera valorisé en dessous des moyennes de son secteur. Il faut du temps avant que le marché reprenne confiance en une société, surtout quand cette dernière n’a pas tenu ses promesses de rentabilité. Ceci est vrai quel que soit le secteur.

Une prime de valorisation peut aussi récompenser la forte croissance régulière d’une société. Une société assurant une croissance supérieure à 20% chaque année, doit valoir plus cher que son concurrent qui aurait seulement 5% de croissance. Ces primes de valorisation se traduiront par des VE/ROP et des PER plus importants.

Le passé historique de la société joue aussi un rôle prépondérant dans la valorisation en bourse de la société. Il peut arriver qu’un titre soit surcoté si la société remplit régulièrement ses objectifs (et qu’elle déçoit rarement). Cela signifie aussi que les dirigeants de la société font un travail remarquable. Malgré cela, les titres surcotés ne m’intéressent pas, même si la société présente régulièrement des résultats de haute volée. Le jour où ce type de société déçoit, le marché ne lui pardonne pas ; il est d’autant plus sévère qu’il annule la surcote de la société, entraînant une chute du cours de bourse encore plus importante. C’est précisément ce genre de mésaventure que je ne veux pas vivre. Je me tiens donc sagement à l’écart des titres sur-valorisés même si les résultats sont de qualité.

L’analyse fondamentale prend tout son sens et toute son importance lorsque je commence à exploiter tous les chiffres. Le but est d’évaluer les performances actuelles et à venir, du secteur ou de la société étudiée. Je scrute donc l’évolution du CA et des bénéfices et j’essaie, à partir des perspectives affichées par les dirigeants, de faire mes propres prévisions.

Ce que j’affectionne particulièrement, c’est de repérer les titres qui ont rencontré un accident de parcours à un moment donné, comme par exemple une année exceptionnellement déficitaire ou une forte baisse de la rentabilité. Ce genre d’accroc fait généralement plonger le cours de bourse, ce qui ne manque pas d’attirer mon attention. J’essaie ensuite de me faire ma propre idée sur le titre. Je regarde dans un premier temps, si ces déboires sont dus à la société elle-même ou au secteur à part entière.

Si cela semble exceptionnel ou que les raisons invoquées par la société me paraissent « légitimes », je vais m’intéresser à la structure financière de la société (trésorerie, dettes). Si cette dernière me parait solide, je regarde les niveaux antérieurs de rentabilité et les perspectives communiquées par la société pour les semestres à venir. J’essaie aussi de faire mes propres simulations, en terme de CA et de bénéfices, afin d’estimer les futurs VE/CA, VE/ROP et PER. Si ces ratios apparaissent anormalement faibles ou inférieurs à la moyenne du secteur, il y a de grandes chances que j’achète le titre. Prendre la décision d’acheter un titre sur la seule appréciation d’un ratio comme une VE/CA basse, serait imprudent. Si ce ratio est recoupé avec le VE/ROP ou le PER, c’est déjà beaucoup mieux !

Si les problèmes rencontrés par la société sont liés à la morosité de son secteur, je ne me concentre plus sur la société mais plutôt sur le secteur. Si le secteur traverse une passe difficile, je serais très prudent. Un achat dans le secteur pourrait être cependant décidé mais uniquement sur la société que j’aurais estimée la plus décotée du secteur.

Comme vous pouvez le constater, l’analyse fondamentale consiste à faire ses propres estimations et mettre en évidence que pour l’année à venir, telle société sera décotée car vous avez prévu une progression du bénéfice, un redressement ou un retour aux bénéfices pour les semestres à venir qui entraînera une sous-valorisation manifeste.

Cet ouvrage a donc pour vocation de vous aider à valoriser des titres, sur la base des résultats connus sur le dernier exercice, mais surtout en fonction des bénéfices que l’on peut estimer sur l'année en cours et les années suivantes.